Le caennais Sébastien Jouve, meilleur kayakiste tricolore, vient de remporter deux médailles ce week-end aux Championnats du Monde de Canoë-kayak en Pologne. Il habite et s'entraîne à Caen (Calvados). Rencontre.
Sébastien Jouve a de qui tenir. Son père aussi a été membre de l'équipe de France. Mais la réussite du fils tient surtout à une histoire d’amis ; quatre copains Rouennais qui rêvent de s'entraîner ensemble à haut niveau. Ils optent pour la Basse-Normandie et le pole espoirs caennais. C'était en 2000. Depuis, Jouve, champion du monde en K2 (double) et K4 ce week-end en Pologne, truste les podiums. Champion d'Europe des moins de 23 ans en 2004, 7 fois champion de France, vainqueur des cinq dernières sélections tricolores. C'est le meilleur de sa discipline dans l'hexagone, tout simplement.
Obligé d'émigrer professionnellement à Toulouse en 2006, Jouve est revenu dès qu'il a pu à Caen. « Pour de bonnes raisons : pour le travail (il est dessinateur de réseaux chez ERDS) et parce que c'est l'un des meilleurs endroits pour préparer les JO de Londres. C'est l'un des plus beaux bassins de France et le pole a sorti beaucoup de champions », affirme le jeune homme. Jouve est le dernier de la liste. Mais pas le moindre. Ce week-end, il a largement contribué au succès tricolore. Un succès aisé en K4. « On a bien respecté le protocole de course, on est parti vite pour s'imposer psychologiquement. » Et les Bleus ont tenu avec au final une avance plus que confortable sur leurs dauphins (1''4).
En K2, ce fut beaucoup plus complexe pour le duo Jouve-Hybois, vainqueur pour 8 millièmes de secondes. Le fruit de l'expérience peut-être. Parce que de l'expérience, il en a maintenant Sébastien Jouve, à 27 ans. Septième des jeux de Pékin en individuel alors qu'il espérait un peu mieux ; la pression des premiers JO avait joué. « Du fait de cette pression, j'étais parti un peu vite et ensuite j'avais subi. Mais Pékin nous a servis pour éliminer la pression. On a abordé les mondiaux moins stressés, on a des petits repères lors de grosses échéances. »
Ce que vise Sébastien Jouve ? Les Jeux de Londres. « Et je sais maintenant à quel standing ça va ressembler en terme de pression et d'enjeu. » Dans cette optique, les Bleus ont marqué des points sur l'adversité ce week-end. « Mais certains vont peut-être s'inspirer de notre stratégie », soumet le rouennais de naissance.
Jouve saura s'adapter. Il connaît ses points forts. « Je m'adapte assez vite techniquement par rapport aux autres et aux conditions de navigation. » Ce sportif vivant à Caen n'est pas un métronome sur l'eau. Ce qui lui interdit une place à l'avant du bateau. Mais sa capacité à changer de rythme peut-être un bel atout en individuel. « Je peux facilement passer d'un rythme calme à un rythme élevé, de 50 coups de pagaie minute à 150 coups. » En gros, si un adversaire veut lui mettre la pression, Jouve a du répondant.
Source : David GUÉZENNEC, Ouest-France – 25 août 2010